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Propositions pour des jeunes 18 - 30 ans et pour des adultes sans limite d'âge!

Vie en communauté, avec les religieux assomptionnistes

Différents postes en France et à l'étranger

Témoignages et articles de presse

+ Bruno DRONNET, Madagascar

Bruno DRONNET                         Le 9/03/2006,
Cooprant (2005/2007)  


Professeur des Ecoles
Conseiller Pdagogique
Ejeda - MADAGASCAR

Bonjour à tous,

1er bilan de Coopération

  1- Insertion dans le milieu 

J'ai été très bien intégré et accueilli par la Mission Assomptionniste d'Ejeda. J'ai de bonnes relations et des discussions très intéressantes avec le père supérieur de la communauté, Michel JARRY. Je suis proche des autres pères de la communauté qui travaillent au collège comme moi. Le père directeur m'accompagne dans mon travail et m'aide à m'adapter aux conditions de travail et à l'enseignement version malgache.
Comme dans tout milieu de travail quelques tensions sont apparues, vite dépassées par une envie commune de travailler ensemble. Il s'est avéré que tous les professeurs étaient motivés pour faire du collège où je travaille un lieu d'enseignement et de vie agréable pour les élèves.

Ejeda étant une petite ville, j'ai été très bien accueilli par ses habitants et particulirement par les parents d'élèves. Il faut dire aussi que dans le sud de Madagascar, on soigne particulirement l'accueil des étrangers. J'ai aussi lié de bonnes relations amicales ce qui m'a permis de découvrir de l'intérieur les moeurs et les coutumes du sud de Madagascar. Pour finir, j'ai aussi  la chance d'habiter en face du prof de math et de sa famille avec qui la vie au quotidien est très agréable.

  2- Projets: objectifs et réalisations

J'effectue une mission en terme de "professeur de français en collège et formateur pédagogique". Ma mission se divise en trois activités principales

1ere activité:
Je donne des cours de français, histoire et géographie et anglais, de la classe de 6e àla classe de 4e ( au total 22 heures). Je donne aussi des cours en classe de CM1 et CM2 d'anglais (au total  4 heures). L'année prochaine, nous ouvrons une classe de 3e et nous ferons passer le BEPC aux élèves.

2e activité:
Pour mon rôle de formateur au collège nous avons choisi 2 formules. La première répond un souci de formation des professeurs en anglais. Un professeur assiste à mes cours en 6e et un autre en 5e. Cela leur permet de découvrir ma méthode d'apprentissage de la langue et de faire aussi un bain de langue en anglais. Nous discutons ensuite du cours, de son objectif et des méthodes utilisées. Il arrive, pas assez souvent vu la charge de travail de chacun, que nous préparions ensemble le cours . J'aimerais après les vacances de Paques que nous changions les rôles et que les professeurs concernés réalisent les cours d'anglais en ma pésence. Nous pourrions ainsi changer sur le cours réalisé et analyser leur pratique. La deuxième formule répond à un besoin de formation pédagogique des professeurs qui ont une pratique que l'on pourrait qualifier de traditionnelle (le maître explique et les élèves appliquent). Au début de ma mission, j'ai eu beaucoup de discussion avec chacun des professeurs pour trouver un autre moyen de faire réaliser des apprentissages aux élèves et d'animer les séances d'apprentissages. Mais ces discussions étaient assez informelles et je n'étais pas sûr de leurs conséquences. Avec le père directeur, nous avons décidé d'institutionnaliser un temps de formation pédagogique de 2 heures toutes les 3 semaines. Je mets en place une séance avec un objectif formulé afin de traiter d'un thème précis  (  être capable de varier les méthodes d'apprentissage, aider les élèves en difficulté, amliorer ses gestes professionnel, réaliser un projet de classe, réaliser une séance de langue orale et écrite active, ...). J'essaie de faire vivre aux enseignants les méthodes d'apprentissages afin qu'ils se rendent compte de leur intérêt. A la fin, nous réalisons une mise en commun et je mets en avant les concepts  théoriques importants et nécessaires àla formation la pédagogie moderne. C'est aussi un temps de dialogue où chacun peut réagir sur sa vie professionnelle. Pour l'instant j'ai constaté des changements intéressants dans la pratique de certains enseignants.

3e activité:
Je suis conseiller pédagogique pour les écoles de brousse. Ejeda compte 44 écoles de brousse catholiques fondées par les Assomptionnistes. Peu de ses professeurs ont eu des formations et beaucoup aucune. La tâche de ces professeurs est très difficile car les effectifs sont très importants. J'ai regroupé mes cours au collège et je me suis libéré le vendredi. Tous les vendredis, je pars en brousse visiter une é cole. Après un temps d'observation d'un cours de français de l'enseignant, je réalise un cours afin de montrer la pédagogie active et  l'importance de faire vivre l'apprentissage aux élèves pour développer leur compréhension de la langue. Ensuite nous échangeons et je réponds à ses questions. L'après-midi, j'adapte ce temps de formation aux besoins de l'enseignant et je suis tantôt acteur tantôt observateur.   Nous terminons toujours la journée par un temps de dialogue sur le sens de l'enseignement en brousse et sa réalité. Nous préparons ensuite un cours  de pédagogie active avec le professeur qu'il réalisera  pour le vendredi prochain. Je reviens toujours 2 ou 3 fois dans la même é cole afin que ce temps de formation ait une certaine efficacité. Les instituteurs de brousse sont toujours contents de la visite et je suis toujours très bien accueilli dans les villages. Pour me rendre dans ces villages, j'utilise une moto que j'ai achetée avec mon propre argent àTana et la communauté me paie l'essence. Elle me sert aussi me déplacer pour mes propres besoins.

Globalement, je me sens à l'aise dans ces trois rôles. La formation pédagogique que j'ai reçue en France et l'exprience que j'ai acquise lors de mes 7 années d'enseignement me permettent ici d'être utile et de bien me sentir dans ma mission.

  Evaluation de ces trois rôles :

Pour accomplir ce début de mission, j'ai dû être patient, observateur et m'adapter facilement. D'une part, venant du primaire, j'ai eu besoin d'un temps d'adaptation pour travailler avec des collégiens et assurer mon autorité sur le groupe-classe, particulirement avec les 4e où il y a quelques élèves perturbateurs. La punition dégradante est très utilisée au collège et c'est vrai que ce n'est pas dans ma culture, ce qui pose problème avec les élèves qui testent les limites. Avec le temps, j'ai réussi à trouver un équilibre qui me permet d'enseigner dans de bonnes conditions.  D'autre part, l'absence de photocopies et de manuels scolaires m'a obligé à adapter ma pratique et à trouver des solutions pour enseigner. J'ai ainsi développé de nouvelles compétences et amlioré ma pratique professionnelle. Pour la formation des professeurs, j'ai encore besoin de temps pour évaluer les résultats de mes interventions. Je pense que certains ont compris l'esprit de la pédagogie active et différenciée mais ils leur restent à la mettre en place quotidiennement et à convaincre les derniers irréductibles. Pour les écoles de brousse, mon intervention n'a débuté qu'après Noël; donc je suis encore dans la découverte mais de visite en visite, j'amliore ce temps de formation. Cependant, il est clair que même en deux ans je n'aurais pas le temps de réellement assurer une formation correcte des enseignants des 44 écoles de brousse. Ce que j'effectue est ce qu'on pourrait appeler du bricolage de formation pédagogique. De plus, la réalité et le sens des écoles de brousse posent question. Le programme scolaire est national  et mériterait d'être adapté au contexte et milieu de vie des élèves. En effet peu d'élèves du primaire ont accès au collège et les apprentissages réalisés en classe concernent surtout l'apprentissage des outils de la langue écrite (orthographe, grammaire,) et l'apprentissage des formules mathématiques et leur application. Mais j'ai eu la chance de rencontrer un pédagogue de Tana de passage à Ejeda pour une semaine de formation des enseignants de brousse. J'ai eu une discussion avec lui en compagnie d'une coopérante allemande qui travaille pour la direction catholique de l'enseignement pour le sud malagache. Cet homme nous a parlé d'un projet pilote réalisé à Fianarantsou qui met en place àl'école l'apprentissage de savoirs et savoir-faire  adaptés au milieu de vie : étude et mise en place de la riziculture, étude et mise en place dun élevage de porcins. Dans ce projet, les parents sont mis à contribution et l'école devient un acteur du développement du village. Le programme adapté permet aux enseignant aussi de travailler le lire-dire-écrire en lien avec des activités authentiques et concrètes vécues par les é èlves. La coopérante allemande est en lien avec une association qui veut aider au développement des écoles de brousse. Elle est intéressée par mon point de vue et ma connaissance sur les écoles d'Ejeda. Je lui fournis des bilans de mes visites et nous avons décidé ensemble de poser une date pour réunir différents acteurs pour effectuer une analyse des besoins des é coles de brousse et écrire les grandes lignes d'un projet.

  3- Relation avec le SCD :

La présentation du projet est conforme celle que je découvre. J'ai eu la chance de rencontrer lors de mon stage de préparation mon responsable de projet ce qui m'a permis de bien me préparer. Je pense que la préparation du SCD m'a aidé à certains moments de ma mission où j'ai rencontré des problèmes. Il ma permis de bien me situer en tant qu'acteur du développement ce qui m'a permis d'assumer cette responsabilité, prendre la place qui m'était destinée et m'affirmer dans ma mission. Etant en brousse, je n'ai accès à Internet que tous les mois ou 2 mois, jai donc peu de moyens de communiquer régulièrement.

  4- Cheminement personnel 

J'ai eu la chance de trouver vite sur place de bonnes conditions de travail ce qui ma permis de m'adapter, de me donner de la satisfaction et de la confiance en moi. Au niveau affectif, j'ai noué des relations fortes avec des amis malagaches ce qui m'aide à vivre chaque jour comme j'aime. J'ai pris confiance en moi ici et j'ai découvert que j'aimais vraiment mon métier malgré les nouvelles difficultés rencontrées. J'ai pris confiance en moi et je me suis rendu compte que j'avais une réelle capacité d'adaptation et une ouverture aux autres. Au niveau de la Foi, vivre avec des religieux me fait avancer et ils me laissent me construire une vision propre de la Foi et de son sens dans la vie.
Pour finir, et plus simplement, je vais bien. Je suis très bien ici.  Je trouve la brousse magnifique et je n'ai pas les mots pour dire ce que je ressens quand 'y suis.
Je ne sais pas si c'est normal mais je pense souvent au moment où je vais devoir quitter tout ça. Je suis souvent très ému par ce que je vis  mais je reste calme. Je vis quelque chose de fort pour tout ce que j'ai écrit mais aussi pour des milliers de petits détails. Je vous remercie d'avoir contribué à me faire vivre tout ça.

Sincèrement,

Bruno

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